Quand les auteurs de violences accusent les victimes de mentir pour “obtenir des papiers”

Faire valoir ses droits suite à des violences conjugales est un parcours difficile et épuisant. Pour une femme immigrée, c’est aussi le théâtre de discriminations spécifiques qui s’ajoutent aux obstacles juridiques et institutionnels. On pense notamment au célèbre “elle ment pour obtenir des papiers”, que vous avez probablement déjà entendu. Dans cet article, WFWF se penche sur ce mythe bien connu des expertes et experts des violences conjugales.

Publicat la 13/10/2026

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Faire valoir ses droits suite à des violences conjugales est un parcours difficile et épuisant. Pour une femme immigrée, c’est aussi le théâtre de discriminations spécifiques qui s’ajoutent aux obstacles juridiques et institutionnels. On pense notamment au célèbre “elle ment pour obtenir des papiers”, que vous avez probablement déjà entendu. Dans cet article, WFWF se penche sur ce mythe bien connu des expertes et experts des violences conjugales.

“Elle ment pour obtenir des papiers” : Une stratégie de contrôle et de discrédit

Il est fréquent pour les auteurs de violences de chercher à retourner la situation contre les victimes. Ce mécanisme fait partie d’une stratégie plus large nommée DARVO, un acronyme anglophone qui désigne le fait de nier, d'attaquer et d'inverser les rôles de victime et d'agresseur. Lorsqu’il s’agit d’une femme immigrée, cette manipulation prend souvent une forme spécifique : l’accusation de “mentir pour les papiers”. Cette stratégie vise à affaiblir la crédibilité de la victime, à la rendre coupable et à détourner l’attention des violences réelles qu’elle subit.

L’auteur des violences s’appuie sur les stéréotypes et les préjugés racistes encore présents dans la société : “elle m’a utilisé pour avoir des papiers”, “elle voulait juste la nationalité”. Ces accusations exploitent la peur profonde de nombreuses victimes : celle de ne pas être crue. Et plus spécifiquement pour les victimes étrangères : la peur de perdre leur titre de séjour, voire d’être expulsées.

Cette méthode de discrédit est une arme de plus dans l’arsenal du contrôle coercitif. Elle vise à isoler la victime en semant le doute autour d’elle : dans son entourage, dans les institutions, voire dans le système judiciaire.

La discrimination et le poids du soupçon

Les recherches montrent que la parole des femmes immigrées est plus souvent accueillie avec suspicion. Dans certains cas, les autorités, les proches, voire les médias reprennent inconsciemment les arguments de l’agresseur : “Peut-être qu’elle exagère pour rester en France ?”. Ces remarques traduisent un biais profond : celui de ne pas accorder la même valeur au témoignage d’une femme immigrées. Pour cette raison, ainsi que d’autres obstacles fréquents, les femmes étrangères ont nettement moins tendance à porter plainte que les victimes nées en France, comme le montrent clairement les recherches menées par Women for Women France. 

Porter plainte suite à des violences conjugales demande beaucoup de courage. Loin d’être une “stratégie d’immigration”, cette étape constitue un premier pas pour demander la protection de la justice. Suspecter une victime de violences conjugales de mentir fragilise son parcours pour retrouver la sécurité et l’indépendance.

Par ailleurs, il est crucial de bien comprendre que les femmes étrangères sont souvent plus exposées aux violences conjugales. Dépendance administrative à leur conjoint, isolement linguistique, méconnaissance de leurs droits, absence de réseau de soutien... Les auteurs de violences s’appuient sur ces vulnérabilités pour manipuler et menacer les victimes. Le classique : “si tu parles, tu seras expulsée”.

Croire, protéger et accompagner les victimes

« Si les agresseurs et leurs avocats utilisent cette stratégie, c'est parce qu'ils savent qu'elle fonctionne dans le système judiciaire français actuel. C'est pourquoi Women for Women France demande une formation obligatoire sur les biais inconscients pour tous les juges qui traitent des affaires de violences faites aux femmes », déclare Sarah McGrath, Directrice Générale de Women for Women France. 

Aujourd’hui encore, il est crucial de refuser la rhétorique discriminatoire du soupçon et replacer la responsabilité là où elle se trouve : du côté de l’auteur des violences. Les accusations de “mariage blanc” ou de “manipulation pour les papiers” sont des tactiques d’intimidation bien connues, qui prolongent la peur, les violences, et la privation de liberté.

Chaque femme, quelle que soit son origine, son parcours ou son statut, a droit à la sécurité, à l’indépendance et à la justice. Croire les victimes, c’est faire un pas de plus vers l’égalité.

Pour aller plus loin :

  • “Reason to Disbelieve: Evaluating the Rape Claims of Women Seeking Asylum in the UK”, International Journal of Law in Context, par Baillot, Cowan & Munro. Cette étude, qui repose sur trois années de recherche, montre que les femmes demandeuses d'asile victimes de violences sexuelles subissent un double soupçon : le soupçon qui pèse déjà sur les victimes de violences sexuelles ("elle ment", "elle exagère") ; auquel s'ajoute le soupçon propre aux personnes migrantes ("elle invente cette histoire pour obtenir un droit au séjour").
  • “The Right to be Believed”, King's College London & LAWRS. Cette recherche repose sur des entretiens avec plus de 60 femmes migrantes victimes de violences. Les principaux résultats montrent que la peur de ne pas être crue en raison de son statut migratoire est l'un des premiers freins au signalement ; que plus d'un tiers des femmes ayant signalé les violences déclarent ne pas avoir été crues par la police ; et que la peur de la perte du titre de séjour ou de l'expulsion renforce encore le silence des victimes.
  • Si vous vous reconnaissez dans cet article et que vous pensez être victime de contrôle coercitif, des services sont disponibles pour vous soutenir, vous conseiller et  vous accompagner dans vos démarches. La plupart sont gratuits. Rendez-vous sur notre page Comprendre les violences conjugales pour trouver un guide complet, à jour et disponible en 15 langues.

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  • Numéro d’écoute et d'orientation des personnes victimes de violences sexistes et sexuelles : 3919 (24/7)

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